Actualités

Hypnose médicale : une technique de soin à sa juste place entre science et accompagnement

le 03/09/2026

Un état de conscience, pas un sommeil

Malgré son étymologie grecque hypnos signifiant le sommeil, l'hypnose médicale ne plonge pas le patient dans l'inconscience. Elle repose sur un état particulier de conscience, qui est naturel, parfois appelé « conscience hypnotique », pendant lequel la personne reste éveillée, entend ce qui se passe autour d'elle et peut à tout moment interrompre la séance. Seuls sa perception du temps, le rythme de sa parole ou de ses pensées se trouvent modifiés, avec une forme de ralentissement caractéristique de cet état. « Le patient n'est pas passif : il participe activement au processus thérapeutique pendant la séance », explique le Dr Chaux, qui invite parfois ses patients à décrire une émotion ou à prononcer quelques mots lorsqu’ils se trouvent sous hypnose (un état également appelé « transe hypnotique »).

Cette technique est employée en complément d'un traitement, jamais à sa place. Elle intervient notamment dans la gestion de la douleur, la réduction du stress et de l'anxiété, certaines phobies, les troubles du sommeil, ainsi qu'en accompagnement d'interventions chirurgicales ou de gestes douloureux. « L'hypnose ne soigne pas directement la douleur, c'est toujours un effet indirect », précise le Dr Chaux. Elle agit sur la manière dont le patient perçoit et vit sa prise en charge, non comme un médicament qu'on lui administrerait.

Une pratique qui doit s’exercer dans un cadre médical 

L’hypnose n'est à ce jour pas reconnue par le Conseil de l'Ordre des Médecins, et n’est pas prise en charge par l'Assurance Maladie. En France, aucune législation stricte n'encadre l’ enseignement de l'hypnose : il n'existe pas de diplôme d'État spécifique en hypnose ni de profession réglementée d'hypnothérapeute.

Les formations, publiques comme privées, délivrent des diplômes dont la valeur reste difficile à comparer. Pour le Dr Chaux, la garantie de sérieux tient avant tout au fait de rester dans un cadre médical ou paramédical, avec une exigence de déontologie propre à la relation de soin. Le praticien agit alors comme un guide pendant la séance, et peut apprendre au patient à pratiquer l'autohypnose de façon autonome, par exemple avant un examen, des soins dentaires ou une IRM chez une personne claustrophobe.

Une exigence de formation continue est importante : le praticien doit être capable de repérer une contre-indication, notamment une pathologie psychiatrique décompensée ou un risque suicidaire, et d'orienter alors le patient vers un spécialiste plutôt que de pratiquer l'hypnose. 

L’hypnose accompagne avant, pendant et après le soin

L'hypnose peut être proposée à chaque étape d'un parcours médical. Avant une intervention chirurgicale, un examen ou un scanner, elle aide à réduire le stress et l'appréhension, en particulier chez des patients déjà traumatisés par une intervention et particulièrement inquiets. Pendant le geste lui-même, l’hypnose permet parfois de limiter, voire d'éviter, le recours à une sédation pharmacologique: pour certaines interventions sur la thyroïde ou le sein, une hypnosédation associée à une anesthésie locale peut suffire. Le chirurgien peut même tester la mobilité des cordes vocales lors de la thyroïdectomie en demandant au praticien de l’hypnose de suggérer brièvement au patient de réciter lors de sa transe hypnotique une phrase convenue avant l’intervention ou de chanter. Après le geste, l'hypnopraticien accompagne son patient et s’assure de la récupération d’une conscience dans l’ici et maintenant. Par des suggestions de confort et de cicatrisation il peut même aider le patient à s’installer dans une perspective positive pour favoriser un rétablissement plus rapide.

Des résultats solides dans le soulagement de certaines douleurs.

Les niveaux de preuve des effets de l’hypnose thérapeutique varient selon les indications. 
Le mieux documenté par les études scientifiques est l’essai randomisé de Lang2, concerne la douleur aiguë liée aux soins et l'anxiété qui l'accompagne et montre un effet analgésique significatif de l’hypnose.

Même si plus récemment des résultats sur la douleur postopératoire aiguë ont été trouvés plus variables3 et parfois même négatifs4 , de vastes méta analyses multicentriques5,6 rapportent une réduction de l’anxiété préopératoire et de la douleur.

En 2026, la littérature soutient davantage l’hypnose comme adjuvant anesthésique que comme substitut démontré aux techniques analgésiques standards pour réduire systématiquement la douleur aiguë postopératoire. L'argument scientifique le plus solide en faveur de l'hypnose en anesthésie est la réduction des besoins en sédatifs et en opioïdes tout en maintenant un bon confort peropératoire. 
Les troubles fonctionnels digestifs, comme le syndrome de l'intestin irritable, figurent également parmi les indications les mieux établies , y compris chez l'enfant et l'adolescent, et sont cités parmi les recommandations de l’Inserm . Certaines phobies (transports, animaux , conduite) répondent bien elles aussi à une prise en charge par l’hypnose de façon progressive et structurée6.

Pour la douleur chronique en revanche, les résultats sont plus modestes : l'hypnose y reste une approche complémentaire, sans se substituer à la prise d’antidouleurs. 
Sur le sevrage tabagique, les études les plus solides ne montrent pas d'efficacité supérieure aux méthodes de référence existantes tels que les traitements nicotiniques de substitution (TNS), même si l'approche, très individualisée, permet au patient de revenir facilement consulter en cas de rechute. 

L’hypnose peut aider pour les accouchements : le Dr Chaux rapporte des cas cliniques encourageants dans certains cas qu’il a lui-même suivis, notamment lors de stagnations du travail, mais l'absence d'études suffisamment solides ne permet pas de l'affirmer de façon générale. Au même titre que des techniques de relaxation (sophrologie, méditation en pleine conscience, yoga), l’hypnose a sa place dans la préparation à l’accouchement.


Une pratique sûre, sous certaines conditions

Pratiquée par un professionnel formé, l'hypnose médicale ne présente pas de risque majeur. Les contre-indications concernent surtout certaines pathologies psychiatriques décompensées (ruptures soudaines de l'équilibre psychologique d'une personne), comme la schizophrénie, ainsi que les situations à risque suicidaire, pour lesquelles le praticien oriente le patient vers un confrère spécialisé plutôt que de poursuivre la séance. 

Une fatigue ou une réaction émotionnelle intense, comme des larmes, peuvent survenir après une séance riche : loin d'être un signe d'échec, elles traduisent souvent, au contraire, qu'un vrai travail psychologique a eu lieu.

« L'hypnose médicale est une technique thérapeutique reconnue, utilisée dans de nombreux établissements de santé », résume le Dr Chaux. Elle ne relève ni du sommeil ni de la perte de contrôle, mais d'un état de conscience particulier, avec des résultats les mieux démontrés sur la gestion de la douleur et la réduction de l'anxiété liée aux soins. Utilisée en complément des traitements médicaux, et non comme un substitut, elle ne doit surtout pas être confondue avec un médicament : son efficacité tient avant tout à la qualité de la relation installée entre le patient et le praticien. Utilisée de façon informelle mais technique, comme l’hypnose conversationnelle, elle permet de renforcer et sécuriser la communication thérapeutique. 

 Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, Gueguen, J., Barry, C., Hassler, C., & Falissard, B. INSERM, 2015. Rapport. Juin 2015: 213 p. Inserm U 1178.
Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. 

Analgésie non pharmacologique adjuvante pour les interventions médicales invasives : un essai randomisé.  EV Lang, MD et al.,  The Lancet, 2000 Vol. 355, N° 9214, p 1486-1490

L’hypnose comme alternative à l’anesthésie générale pour la chirurgie superficielle pédiatrique : un essai contrôlé randomisé.  Chrystelle Sola et al British Journal of Anaesthesia (2023), 130 (3): p 314-321.

 “Effects of a Hypnosis Session Before General Anesthesia on Postoperative Outcomes in Patients Who Underwent Minor Breast Cancer Surgery:  Amraoui, J., Pouliquen, C., Fraisse, J., et al. —The HYPNOSEIN Randomized Clinical Trial”, JAMA Network Open, 2018.

5  Meta-analytic evidence on the efficacy of hypnosis for mental and somatic health issues: a 20-year perspective”, Rosendahl, J., Alldredge, C. T., & Haddenhorst, A. — Frontiers in Psychology, 2024.

6. Peurs paniques et phobies Nardone PDF (www.psychanalyse.com)