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Cancers de la peau : comment surveiller sa peau de manière efficace ?
le 07/08/2026
Avec plus de 17 000 nouveaux cas chaque année, le mélanome est le cancer dont l'incidence progresse le plus vite en France. Pourtant, c'est l'un des cancers les plus évitables et l'un des mieux traités lorsqu'il est détecté tôt. À l'approche de l'été, dans la continuité de la Semaine de prévention et de dépistage des cancers de la peau, le bon réflexe tient en quelques minutes par mois : apprendre à observer sa propre peau. Pour nous guider, nous avons rencontré le Docteur Sarah Kourdjee, dermatologue au Centre Médical Ramsay Santé Saint-Étienne, qui travaille en binôme avec Imen Guérin Bourdarba, infirmière, notamment en chirurgie dermatologique et pour le suivi post-opératoire des patients. Leur conviction commune : le premier dépistage commence à la maison, devant son miroir.
S'observer pour dépister tôt : le premier geste de prévention
Les cancers de la peau se répartissent en deux grandes familles. Les carcinomes (basocellulaires et épidermoïdes), de loin les plus fréquents, évoluent le plus souvent localement et se soignent très bien lorsqu'ils sont retirés à temps. Le mélanome, plus rare, est en revanche plus agressif : il dérive des mélanocytes, les cellules qui pigmentent la peau. « Pour faire simple, ce sont les grains de beauté cancéreux », résume le Dr Kourdjee. Détecté précocement, il se guérit dans la grande majorité des cas ; découvert tardivement, il peut métastaser. Tout l'enjeu est donc la précocité du diagnostic et c'est là que le patient joue un rôle décisif.
« L'auto-observation permet de dépister tôt les cancers de la peau, avant une évolution plus inquiétante. Ce sont les patients eux-mêmes qui vont se rendre compte qu'un grain de beauté a évolué. Consulter dès ce stade leur permet d'arriver vers nous beaucoup plus rapidement. » explique la dermatologue.
Encore faut-il regarder partout. Zones visibles bien sûr, mais aussi paumes des mains, plantes des pieds, ongles, cuir chevelu, parties génitales… Pour le dos, le regard du conjoint ou un jeu de miroirs fait l'affaire. « Un mélanome peut toucher n'importe quelle partie du corps, jusque derrière l'oreille. Les patients qui ont une peau plus foncée doivent surtout surveiller les paumes, les plantes des pieds et les ongles », précise le Dr Kourdjee.
La règle ABCDE et le « vilain petit canard »
Pour savoir ce qui doit alerter, les dermatologues ont un moyen mnémotechnique simple : la règle ABCDE. A comme asymétrie, un grain de beauté sain est plutôt rond ou ovale. B comme bords, qui doivent rester réguliers et bien délimités. C comme couleur : elle doit être homogène. « Il n'est pas normal d'avoir du rouge, du bleu ou du noir sur un grain de beauté », souligne le Dr Kourdjee. D comme diamètre : on s'inquiète davantage au-delà de 6 mm, même si ce n'est pas une règle absolue ; certains mélanomes ne mesurent qu'un ou deux millimètres. Reste le critère majeur, le E d'évolutivité.
« C'est le critère qui doit le plus alarmer : un grain de beauté qui change, qui s'étend, qui change de couleur, qui saigne sans traumatisme. » insiste la spécialiste.
À cette règle s'ajoute le signe du « vilain petit canard » ajoute Imen Guérin Bourdarba : « le grain de beauté qui ne ressemble pas aux autres, celui qui se démarque ou qui apparaît. Celui-là aussi motive une consultation, d'abord chez le médecin traitant, qui adressera au dermatologue si nécessaire ». Même vigilance pour les taches pigmentées du visage : un lentigo solaire est censé être homogène et bien délimité. « Si l'on voit plusieurs couleurs, du marron foncé, du marron clair, du noir, cela doit alerter également », prévient le Dr Kourdjee, en référence au mélanome de Dubreuilh, qui peut ressembler à une simple tache de vieillesse.
Phototypes, UV cumulés, cabines : des risques qui s'additionnent
L'histoire solaire de chacun : ce sont les expositions et les coups de soleil accumulés tout au long de la vie qui font le lit des cancers cutanés. Les cabines de bronzage, dont les UV artificiels sont classés cancérogènes certains pour l’homme depuis 2009 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), majorent de 60 % les risques, en cas d'exposition avant 30 ans.
« Tout commence dès le plus jeune âge : les coups de soleil pris enfant ou bébé exposent à un risque de cancer de la peau à l'âge adulte. Les mélanomes et les carcinomes basocellulaires sont liés aux coups de soleil reçus au cours de la vie. » rappelle le Dr Kourdjee.
Quand consulter ? « Il faut commencer par le médecin traitant. À partir de la vingtaine, prenez l'habitude de lui montrer votre peau : c'est lui qui évaluera si une consultation dermatologique est nécessaire. En revanche, un patient qui a des antécédents familiaux de mélanome doit être suivi par un dermatologue », indique la praticienne. Le rythme se décide ensuite au cas par cas : « un patient avec un antécédent familial et beaucoup de grains de beauté sera vu tous les ans ; quelqu'un qui en a très peu et se protège bien du soleil peut être vu tous les deux ou trois ans ».
Bien se protéger… et s'appuyer sur les nouvelles technologies
Côté prévention, la meilleure protection reste mécanique : chapeau, lunettes de soleil, manches longues, pantalon. La crème solaire complète l'arsenal, à condition de bien l'utiliser. « Un indice 50, il faut le mettre partout, sans négliger de zones, et le remettre toutes les deux à trois heures. C'est souvent ce qui est oublié : on l'applique le matin, puis elle perd de son efficacité. Les oreilles, la nuque, le décolleté, le dos des mains sont les grands oubliés », détaille le Dr Kourdjee. Son réflexe numéro un pour l'été ? « La crème toutes les deux heures, des vêtements couvrants, et quand l'indice UV dépasse 7, éviter de sortir entre midi et 16 heures : c'est là que le soleil abîme le plus la peau. »
La surveillance bénéficie par ailleurs d'outils de plus en plus performants. Dans le centre, la dermatologue s'appuie sur la dermoscopie numérique : des images calibrées et agrandies des grains de beauté, qui peuvent être archivées et comparées d'une consultation à l'autre pour repérer la moindre évolution, jusqu'à la cartographie corporelle complète chez les patients à haut risque. Un atout précieux pour décider, ou éviter, une exérèse. Car en matière de cancers de la peau, la règle d'or reste la même : mieux vaut consulter une fois de trop qu'une fois trop tard.