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Prévention suicide : repérer les signaux et savoir agir

le 23/02/2026

Prévention suicide : repérer les signaux et savoir agir

Le 5 février marque la Journée nationale de prévention du suicide, une mobilisation collective essentielle face à un enjeu de santé publique majeur. En France, 8 848 personnes ont mis fin à leurs jours en 2023. Un chiffre qui représente environ 13 décès pour 100 000 habitants, plaçant la France légèrement au-dessus de la moyenne européenne (10 pour 100 000).

Pourtant, « le suicide n'est pas une fatalité, c'est un phénomène évitable qui nécessite une mobilisation collective », affirme le Dr Xavier Richomme, directeur médical du pôle santé mentale chez Ramsay Santé et coordinateur de la gestion de crise du groupe. Un message d'espoir qui invite chacun à prendre conscience de son rôle dans la prévention.

Comprendre la souffrance derrière les idées suicidaires

« Les patients qui se suicident ne veulent pas mourir. En réalité, ils veulent mettre fin à une souffrance », explique le Dr Richomme. Cette distinction fondamentale change notre regard sur la prévention : il ne s'agit pas d'une volonté de disparaître, mais d'un appel à mettre fin à une douleur devenue insupportable, qu'elle soit physique ou psychologique.

La personne en crise suicidaire se trouve dans ce que le médecin décrit comme un « entonnoir émotionnel », où elle n'envisage plus d'autre solution pour arrêter de souffrir. La personne est donc convaincue que la situation ne pourra pas s’améliorer et se trouve alors souvent dans un isolement psychique et social considérable.

Les signaux d'alerte à ne pas ignorer

Reconnaître les signes avant-coureurs peut permettre de sauver des vies. Le Dr Richomme identifie plusieurs catégories de signaux d'alerte.

  • Les signaux verbaux

Certaines phrases doivent immédiatement attirer l'attention : « Je veux en finir », « Vous seriez tellement mieux sans moi », « Je suis inutile », « J'ai tout raté dans ma vie », « La vie ne vaut pas la peine d'être vécue ». Le fait de se dénigrer constamment ou de ne manifester aucune estime de soi constitue également un signal d'alarme.

  • Les changements comportementaux

L'isolement progressif représente l'un des principaux indicateurs. « Une personne qui s'isole de plus en plus, qui évite, aussi chez les adolescents ou les enfants, les marques d'affection jusqu'au refus de tout contact physique », explique le médecin.

D'autres comportements doivent alerter : la perte d'intérêt pour les activités autrefois appréciées, les troubles du sommeil ou de l'alimentation, les changements d'humeur soudains et fréquents, ou encore les idées noires répétées.

Un signe particulièrement préoccupant : « Une personne qui met soudainement de l'ordre ou qui donne ses affaires personnelles, et semble anormalement calme d'un seul coup », évoque le Dr Richomme. Ce comportement peut indiquer que cette personne a fini par prendre la décision de mettre fin à ses jours. 

Le signal le plus urgent reste lorsque la personne se renseigne de façon insistante sur les moyens létaux ou annonce qu'elle a accès à un moyen de mettre fin à ses jours.

Quelles sont les facteurs de vulnérabilité qui peuvent mener au suicide ? 

Le suicide est un phénomène multifactoriel. « Avoir des idées suicidaires, ce n'est pas une maladie. C'est plutôt un signe qui indique que quelque chose ne va plus », souligne le Dr Richomme.

Les facteurs sociaux et environnementaux

La perte d'emploi, les difficultés financières, le sentiment d'isolement ou de manque de soutien social, les expériences de violence, d'intimidation ou de harcèlement, les traumatismes, les deuils, ou encore l'annonce d'une maladie grave constituent autant de facteurs de vulnérabilité.

Les périodes de transition et d'incertitude économique et sociétale pèsent également. Le contexte actuel explique en partie l'explosion du nombre de suicides chez les 18-30 ans depuis la crise Covid. « L'actualité générale est plus que morose. Pour quelqu'un qui est déjà dans l'isolement, qui vit des petits traumatismes quotidiens, et pour qui l'avenir est très sombre, c'est difficile de se projeter sur les prochaines années. » constate le professionnel. 

Le Dr Richomme alerte également sur le rôle des réseaux sociaux : « Ils donnent un faux sentiment d'avoir une communauté autour de soi. Je pense que cela majore l'isolement et créé une sorte d'addiction. »

Les facteurs cliniques

Les troubles mentaux, notamment la dépression non traitée, les conduites addictives, les antécédents de tentative de suicide, ou la dégradation de l'état de santé général augmentent significativement le risque. « La dépression, si elle n'est pas traitée, conduit possiblement vers la crise suicidaire », insiste le médecin.

L’info Ramsay : trois quarts des suicides concernent des hommes, mais les tentatives de suicide sont quatre fois plus fréquentes chez les femmes.

Comment aborder le sujet avec un proche ?

La peur de mal faire paralyse souvent l'entourage. Pourtant, oser la conversation peut sauver une vie.

Les bons réflexes

L’écoute est le premier conseil donné par le Dr Richomme. « Montrez à quel point vous comprenez la détresse de la personne, prenez du temps pour elle et surtout, prenez au sérieux ses mots ».

Le médecin recommande des questions simples : « Est-ce que tu dors bien ? Es-tu anxieux ? As-tu des idées noires ? Penses-tu vouloir mettre fin à tes jours ? ». Contrairement aux idées reçues, le fait d’évoquer le suicide à quelqu’un ne va pas lui donner envie de se suicider. Au contraire, le fait de mettre des mots sur des envies ou des pensées de la personne permettent parfois de les dissiper ou d’engager une conversation qui va lui sauver la vie. 

Si la personne confirme avoir des pensées suicidaires, il est essentiel de la questionner pour voir si le scénario est élaboré et que le moment est proche afin d’intervenir au plus vite.  

Les phrases qui aident

Des mots simples mais essentiels peuvent aider une personne en souffrance : « Je suis inquiet pour toi », « Je suis là pour toi ». « Ces phrases nous paraissent anodines et inutiles alors qu’elles sont essentielles, car elles permettent de verbaliser la situation. 

Ce qu'il faut éviter

Ne pas minimiser, juger, faire de morale ou se moquer. Surtout, ne pas garder le secret. « Les plus jeunes particulièrement ne vont pas réussir à s’épauler très longtemps, il faut donc immédiatement le dire à un adulte. Il ne faut surtout pas rester seul. » insiste le Dr. Richomme.

Qui contacter en cas d’envie suicidaire ? 

Le 31 14 : le numéro national de prévention

Ce dispositif gratuit, confidentiel et accessible 24h/24, 7j/7, constitue la première ligne d'aide. Des infirmiers, psychologues et médecins formés répondent pour écouter, conseiller et orienter. Toute personne peut appeler, aussi bien la personne qui ne va pas bien que celle qui repère quelqu'un qui ne va pas bien. Au bout de quelques secondes, les professionnels posent directement la question : « Est-ce que vous avez voulu mettre fin à vos jours ? Est-ce que vous l'avez déjà fait ? »

Il existe également d’autres dispositifs : 

  • Le 15 : en cas d'urgence vitale immédiate
  • SOS Amitié : 09 72 39 40 50 (plateforme d'écoute, 24h/24, 7j/7)
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 ou www.filsantejeunes.com (gratuit, anonyme, 7j/7 de 9h à 23h + chat en ligne)
  • Dispositif VigilanS : www.vigilans.org (suivi pendant 6 mois après une tentative de suicide)

L'engagement de Ramsay Santé au sein de ses établissements

Au sein du groupe, la prévention du suicide constitue une priorité absolue. « Nous considérons le suicide comme un "never event", c'est-à-dire un événement qui ne devrait jamais arriver », explique le Dr Richomme. 

Le groupe déploie depuis trois ans un programme ambitieux articulé autour de trois piliers : le repérage systématique des personnes à risque, une surveillance adaptée, et surtout la sécurisation de l'environnement. Cette approche concerne l'ensemble des établissements du groupe, bien au-delà de la santé mentale. « Cela peut toucher les services de médecine, chirurgie, obstétrique. Il faut former tous les soignants à oser poser la question, à repérer les personnes à risque. »

En cas de détresse ou pour toute question :

  • 3114 : numéro national de prévention du suicide (gratuit, confidentiel, 24h/24)
  • 15 : en cas d'urgence vitale
  • SOS Amitié : 09 72 39 40 50
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 ou www.filsantejeunes.com
  1. Selon les dernières données consolidées de l'Observatoire national du suicide.