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Allaitement maternel : tout savoir pour bien démarrer et surmonter les difficultés

le 03/03/2026

Préparer l'allaitement avant la naissance, réussir les premières tétées, gérer les complications, concilier allaitement et reprise du travail… Les questions autour de l'allaitement maternel sont nombreuses et les informations contradictoires ne manquent pas, notamment sur les réseaux sociaux. Pour y voir plus clair, nous avons échangé avec Priscilla Sanchez-Denis, consultante en lactation certifiée IBCLC* et auxiliaire de puériculture, qui exerce en libéral en région parisienne et en maternité, notamment à l'Hôpital privé Armand Brillard à Nogent-sur-Marne (Ramsay Santé).

Comment se préparer à l'allaitement avant la naissance ?

La préparation commence avant tout par l'information. Il y a beaucoup de messages contradictoires qui circulent, notamment sur les réseaux sociaux. Je conseille aux futures mamans de s'appuyer sur des sources fiables et validées scientifiquement, comme les sites de l’OMS, de la Leche Ligue ou de la CoFAM (Coordination française pour l’allaitement maternel).

Je recommande également fortement de participer à un atelier de préparation à l'allaitement maternel. Ces séances durent entre 1h30 et 2h et couvrent l'anatomie du sein, les premiers jours post-partum, le rythme physiologique du bébé et les difficultés éventuelles. J’anime ces ateliers à la maternité de l'hôpital privé Armand Brillard. 

Comment mettre bébé au sein pour les premières tétées ?

La clé, c'est d'observer son bébé. Les pleurs sont souvent perçus comme le signe qu'il a faim, mais à ce stade, le bébé est déjà agité et aura plus de mal à s'accrocher au sein. Les signaux d'éveil arrivent avant : il commence à porter ses mains à la bouche, tourne la tête à droite et à gauche. C'est ce moment-là qu'il faut saisir.

Pour la mise au sein, la position idéale est ventre contre ventre, bébé bien collé contre sa maman, avec une grande ouverture de bouche de façon à attraper le mamelon et une partie de l'aréole. Une bonne prise est la première protection contre les douleurs et les crevasses. 

Comment savoir si mon bébé tète efficacement ?

Ce qui compte, c'est la qualité de la succion, pas uniquement la durée. Un bébé peut rester au sein 30 minutes en n'ayant véritablement tété que 5 minutes, notamment s'il s'est assoupi. Pour le maintenir éveillé, chatouiller doucement ses pieds peut suffire à relancer une succion active.

Changer régulièrement de position est aussi important. Selon l'endroit où se place le menton du bébé, ce n'est pas la même zone de la glande mammaire qui est drainée. Varier les positions permet d'éviter que du lait stagne dans certaines zones, ce qui est l'une des causes fréquentes d'engorgement.

Allaitement exclusif ou mixte : que disent les recommandations officielles ?

L'OMS recommande un allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, pouvant se prolonger jusqu'à 2 ans et au-delà avec une alimentation complémentaire. Mais chaque projet d'allaitement est différent, et je m'adapte toujours aux souhaits et à la situation de chaque mère.

Ce que les études montrent, c'est que le lait maternel est un aliment vivant, qui évolue avec les besoins du bébé selon son âge. Riche en anticorps, probiotiques et lysozymes, il protège contre de nombreuses pathologies infantiles telles que les otites, les maladies diarrhéiques ou encore le reflux gastro-œsophagien. L’allaitement a également des effets bénéfiques sur la santé maternelle, en réduisant notamment les risques de cancer du sein et des ovaires. Il augmente aussi la sensibilité à l'insuline et a des effets positifs à long terme sur le métabolisme du glucose : chez les femmes ayant développé un diabète gestationnel, il réduit considérablement le risque de développer un diabète de type 2 à la suite de la grossesse.

Quelles sont les complications les plus fréquentes et comment les gérer ?

Les crevasses sont la difficulté la plus fréquente. Elles sont souvent le signe d'une mise au sein à ajuster, et s'améliorent rapidement une fois la position corrigée.

L'engorgement est une autre complication à ne pas laisser s'installer. Sans drainage adapté, il peut évoluer vers une mastite, puis un abcès. Dans les premières 24 à 48 heures, mettre le bébé au sein reste la meilleure façon de drainer. Le tire-lait peut aider en dernier recours, mais sur une courte durée seulement, car il stimule la lactation et risque d'aggraver la situation.

Parfois, les difficultés viennent du bébé lui-même : un torticolis congénital, des tensions musculaires suite à l'utilisation de forceps ou à une malposition in utero, ou encore un frein de langue. Le pédiatre ou la consultante en lactation peuvent les repérer dès la maternité. Pour les tensions musculaires, une prise en charge ostéopathique améliore souvent rapidement la qualité des tétées. Le frein de langue, quant à lui, relève d'une prise en charge médicale spécifique.

Comment concilier allaitement et reprise du travail ?

La stratégie repose sur deux piliers : continuer à mettre bébé au sein à la demande le matin et le soir, et effectuer une ou deux séances de tire-lait sur le lieu de travail dans la journée pour maintenir la lactation*. Les crèches acceptent désormais le lait maternel exprimé, ce qui facilite grandement l'organisation.

* Bon à savoir : le Code du travail (Article L1225-30) prévoit de vous libérer une heure par jour pour tirer votre lait ou allaiter votre bébé, jusqu'au premier anniversaire de l'enfant. Par ailleurs, les entreprises de plus de 100 salariés ont l'obligation de mettre un espace dédié à disposition des salariées qui allaitent. Un droit méconnu, mais qui peut changer beaucoup de choses au quotidien. 

Concernant le choix du tire-lait, le modèle électrique hospitalier branché sur secteur reste la référence en termes d'efficacité de stimulation. Pour la reprise du travail en revanche, un modèle nomade portable convient pour effectuer 2 à 3 séances par jour sur le lieu de travail, sans contrainte d'installation.

Mon conseil : ne restez pas seule face aux doutes ou aux difficultés. L'allaitement s'apprend, et avec le bon soutien, ce qui semblait compliqué au départ peut devenir l'un des moments les plus doux partagés avec son bébé. Une consultante en lactation certifiée IBCLC peut vous accompagner dès les premiers jours à domicile, n'hésitez pas à faire appel à elle.

*Pourquoi faire appel à une consultante en lactation certifiée IBCLC ?        

La certification IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) est la référence internationale en matière d'accompagnement à l'allaitement. Elle requiert un an de formation spécialisée, la réussite d'un examen reconnu mondialement, et une mise à jour de la certification tous les 5 ans. C'est une qualification très exigeante et différente des appellations de « conseillère en lactation » ou « coach allaitement ». En cas de difficulté, c'est donc vers une consultante IBCLC qu'il est recommandé de se tourner en priorité.