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AIT : le signal d'alerte que l'on ne doit jamais ignorer

le 08/04/2026

Chaque année, entre 140 000 et 150 000 personnes sont victimes d'un accident vasculaire cérébral en France. Parmi les signes avant-coureurs les plus méconnus figure l'accident ischémique transitoire, ou AIT - un épisode bref, souvent banalisé, mais qui peut annoncer un AVC constitué. Pour mieux comprendre ce qu'est l'AIT, comment le reconnaître et pourquoi il constitue une urgence médicale absolue, nous avons rencontré le Professeur Hosseini, neurologue spécialisé en neurovasculaire. Ancien praticien à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris pendant 25 ans, docteur en médecine et en neurosciences, il dirige l'Institut Cœur et Cerveau (ICCE) de l'hôpital Paul d’Egine à Champigny-sur-Marne, Val de Marne(Ramsay Santé). Cette structure pluridisciplinaire est dédiée à la prise en charge des maladies cérébrovasculaires.

L'AIT, qu'est-ce que c'est ?

L'accident ischémique transitoire survient lorsqu'une partie du cerveau ou de l'œil cesse temporairement d'être irriguée par le sang. Les neurones concernés ne meurent pas, mais ils arrêtent de fonctionner, « ils se mettent en off » selon l'expression du Pr Hosseini. Il en résulte des symptômes neurologiques soudains comme :

  • Une paralysie d'un membre
  • Une perte de vision
  • Des troubles de la parole 

Ces signes vont régresser spontanément en quelques minutes.

« Dans la définition, c'est un déficit neurologique focal qui dure quelques minutes et qui régresse en moins d'une heure. Si ça reste plus d'une heure, on ne peut plus parler d'accident ischémique transitoire », précise le Pr Hosseini.

La différence avec un AVC constitué tient précisément à cette réversibilité : dans l'AIT, les neurones privés de sang ne sont pas détruits. Dans l'AVC, si l'artère reste bouchée plusieurs heures, les dommages deviennent permanents.

Quelles sont les causes et les personnes à risque ?

Les causes de l'AIT sont identiques à celles de l'AVC. Le Pr Hosseini les résume en trois grandes catégories : une origine cardiaque, une origine artérielle ou une anomalie de la composition du sang lui-même.

« La cause la plus fréquente, c'est un cœur qui ne bat pas régulièrement, ce qu'on appelle l'arythmie cardiaque. Ça favorise la formation de caillots dans le cœur, et quand ça part du cœur, la plus forte chance, c'est de retrouver ce caillot dans le cerveau ou dans l'œil », explique-t-il. À cela s'ajoutent les maladies des artères elles-mêmes, comme l'athérosclérose ou la dissection de la carotide.

Si l'AIT peut théoriquement toucher n'importe qui, certains facteurs de risque augmentent significativement la probabilité d'en être victime. Le Pr Hosseini insiste sur un chiffre clé : « Nous pouvons éviter 80 % des accidents vasculaires cérébraux, si on détermine et si on traite les facteurs de risque. » Ces facteurs sont au nombre de dix :

  • hypertension artérielle,
  • diabète, 
  • cholestérol,
  • tabac, 
  • alcool,
  • sédentarité,
  • surpoids,
  • mauvaise alimentation,
  • stress,
  • troubles du sommeil.

« Quand on a un ou plusieurs de ces facteurs de risque, on augmente les risques de faire des AIT et des AVC », rappelle-t-il.

Comment reconnaître un AIT ?

C'est là toute la difficulté : les symptômes de l'AIT sont identiques à ceux d'un AVC, mais ils disparaissent rapidement, ce qui incite souvent les patients à ne pas consulter. Les symptômes sont trop souvent banalisés : « Nous avons des patients qui nous disent qu’ils ont eu l'œil qui ne voyait pas pendant quelques minutes, et qu’ils ne sont pas venus consulter, c’était rentré dans l’ordre », raconte le Pr Hosseini. Alors que derrière, ça peut être une artère qui nourrit l'œil qui est en train de se boucher.

Les signes à connaître sont les suivants : 

  • un visage asymétrique ou paralysé d'un côté, 
  • une incapacité soudaine à bouger un bras ou une jambe, 
  • des troubles de la parole (difficulté à s'exprimer ou à comprendre - l'aphasie), 
  • une perte de vision d'un œil (amaurose fugace).

Ces symptômes apparaissent brutalement, « d'une minute à l'autre et régressent ensuite ».

Il existe un moyen mnémotechnique pour reconnaître les symptômes, « VITE »  :

  • V comme Visage paralysé (affaissement d'un côté de la bouche, asymétrie)
  • I comme Inertie d'un membre (impossibilité de bouger un bras ou une jambe)
  • T comme Troubles de la parole (difficultés à parler, à comprendre, à répéter)
  • E comme Extrême urgence : composer le 15 immédiatement

Le Pr Hosseini donne un exemple clinique particulièrement évocateur : « Un œil qui ne fonctionne pas et la main à l’opposé qui est paralysée, ça signifie que la carotide qui s'occupe de ces deux organes est en train de se boucher. C'est une urgence. »

4. Pourquoi l'AIT est-il une urgence absolue ?

Parce qu'un AIT sur trois évolue vers un AVC constitué dans les jours qui suivent. « Dans 30 % des cas, dans les jours qui suivent, il y a un risque de faire un infarctus cérébral. Cette fois-ci, c'est une vraie paralysie, qui peut rester permanente », souligne le Pr Hosseini.

Même si les symptômes ont disparu au moment de la consultation, il est impératif d'appeler le 15 sans attendre. Le but est d'identifier la cause dans les plus brefs délais : artère bouchée à déboucher en urgence, arythmie cardiaque à traiter, traitement anticoagulant à instaurer. Cela afin d’empêcher la récidive.

« L'AIT, c'est un syndrome de menace, un signal d'alerte. Il faut déterminer ce qui a bouché cette artère, d'où vient ce caillot de sang, et le traiter le plus vite possible », conclut le Pr Hosseini.

Le message est clair : ne jamais minimiser un épisode neurologique même transitoire. Que les symptômes aient duré deux minutes ou vingt, qu'ils aient disparu d'eux-mêmes ou non, composer le 15 reste le seul réflexe à avoir.